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La Mystification lunaire : John Herschel et le canular de 1835

La Mystification lunaire : John Herschel et le canular de 1835

  • Alexandre Marcinkowski
  • Paru le :
  • Éditeurs : Les Belles Lettres
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Résumé

À la fin de l'été 1835, un évènement extraordinaire se produisit aux États-Unis. Le grand savant John Herschel, alors au cap de Bonne-Espérance, avait confirmé l'existence d'une vie sur la Lune grâce à la puissance d'un gigantesque télescope. Il avait ainsi observé durant plusieurs jours un paysage forestier, des lacs et des mers, puis des animaux unicornes, des castors bipèdes et enfin des créatures ailées humanoïdes. Cette découverte scientifique avait provoqué, dans le New York Sun qui en rapportait le fait, une effervescence éditoriale sans précédent favorisée par l'essor de la penny press (la presse à un cent). Ce canular, attribué à Richard Adams Locke, connut un immense succès populaire et interpella Edgar Poe comme Phineas Barnum. Les ventes du Sun explosèrent. On s'arracha la brochure rapportant l'histoire ainsi que les lithographies matérialisant les sélénites. Arrivée en Europe quelques mois après, la brochure américaine connut une édition anglaise sans l'autorisation d'Herschel et fut traduite anonymement en Italie, en Espagne, en Allemagne et, bien entendu, en France. L'engouement français fut similaire à ce qui s'était produit aux États-Unis. La réception du canular sous le règne de Louis-Philippe donna lieu à des débats dans la presse et parmi les élites bourgeoises sur la pluralité des mondes habités. La mystification se diffusa dans toutes les strates de la société. Arago comme Balzac la combattirent vainement. Elle connut une adaptation en picard, et fut l'objet de vaudevilles, de dessins, d'allusions dans les romans ou les nouvelles, et de nombreuses chansons. Si bien que trente ans après, Jules Verne y faisait allusion dans De la Terre à la Lune. Si le sujet n'a pas manqué d'intéresser les historiens et journalistes anglo-saxons, l'introduction du canular, en revanche, n'a fait l'objet d'aucun travail en France, considérant sans doute le récit comme trop américain. Entremêlant l'histoire de la presse et l'histoire des sciences, ce livre explore la face cachée de cette mystification, perçue comme la première fake news d'ampleur à l'échelle occidentale, bien avant le montage canularesque d'Orson Welles dans l'adaptation radiophonique de La Guerre des mondes de H.G. Wells.